Voyage en oiseau lune

Julia avait trop chaud.


Elle n’avait quasiment pas fermé l’œil de la nuit.


Cette canicule était insupportable.


Nue sur son lit, dans l’ambiance moite de la chambre, elle observait le manège d’une mouche sur le plafond.


Quand elle entendit le coq de la voisine chanter, elle en déduisit qu’il devait être environ cinq heures du matin ; le soleil n’allait pas tarder à se lever.


Soudain, une brise légère se faufila par la fenêtre, amenant avec elle une odeur d’herbe fraîche. Celle-ci rampa jusqu’à ses narines. Le parfum était si délicat qu’elle eut la sensation de respirer pour la première fois.


Elle inspira encore et encore, jusqu’à s’enivrer. Etourdie, elle ferma les yeux et se laissa glisser dans un état second.


Quand elle les rouvrit, elle n’était plus dans son lit mais au beau milieu d’une prairie.


Plaqué sur un tapis d’herbe  fraîche, son corps refusait catégoriquement de bouger.


Autour d’elle, les brins d’herbes dansaient, en émettant à chaque mouvement une vibration sonore qui ressemblait aux cordes d’une harpe qui auraient été pincées par des doigts de fées.


Comme d’habitude, quand elle se trouve dans une situation inconnue, Julia interrogea  son ventre puis sa gorge... Personne ! Etrangement, la peur n’était pas venue avec elle. Elle se félicita d’avoir réussi à lui faire faux bond.


Pour tout dire, elle se sentait merveilleusement bien.


Elle tendit l’oreille et reconnut son vieil ami le vent. Quand il réalisa que la jeune femme était là, il souffla sur ses jambes nues, son ventre et ses seins pointus.


Julia gloussa, puis leva les yeux au ciel.


Son attention fut attirée par un point noir voguant dans le ciel azur. Juste au dessus de son nez, quelque chose bougeait.


Elle plissa les yeux pour affiner sa vue et distingua un oiseau argenté.


Elle cria : «Eh toi là haut, viens me chercher. Je suis collée! »


Les mots de Julia, tels des bulles de savon, s’envolèrent dans le ciel. Ils n’eurent pas le temps d’éclater que l’oiseau affamé les goba. Puis, doucement, repliant ses immenses ailes, il amorça une descente gracieuse.


Plus il descendait, plus il grandissait.


Quand il se posa sur le sol, Julia  constata qu’il était immense, gigantesque même! .


L’oiseau entreprit alors un curieux manège. Du bout de son bec, tout autour de Julia, il piqua le sol. Comme un volcan qui se réveille , le cœur de la terre se mit à battre.


Et plus il battait, plus un curieux fourmillement parcourait le corps nu de la jeune femme. Sous elle, des milliers de minuscules racines sortirent de terre pour se planter dans chacun de ses pores. les racines poussaient  ;  le cœur de la terre battait. On aurait dit qu'un géant frappait sur un tambour. Autour, le vent, cet exalté, sautait d’arbre en arbre, remuant les branches comme un fou à lier.


Au bout de quelques minutes, le corps de Julia se retrouva à un mètre du sol sur  un tapis végétal mouvant.


L’oiseau prit une profonde inspiration puis lança un cri long et strident qui cristallisa  toutes les racines.  Celles–ci se désagrégèrent instantanément en laissant s’évaporer une poussière argentée.


Julia, enfin libre, grimpa sur l’oiseau.


Ses plumes étaient douces comme de la soie ; Julia adora. Elle lui enserra le cou et lui chuchota quelques mots doux. Il déploya ses immenses ailes et s’élança vers le ciel.


Il grimpa, grimpa, grimpa si haut que Julia put presque toucher le soleil.


Dans son ascension, elle tendit la main pour attraper des bouts de nuages qu’elle avala. C’était d’un goût délicat et incroyablement rafraîchissant. 


L’oiseau plana et Julia, cheveux au vent, hurla !


Elle se sentait vivre!


Elle était libre...


Mais soudain, venu de nulle part, un orage éclata.


De gros nuages noirs, tels des monstres aux gueules hurlantes, envahirent l’espace. Au fur et à mesure qu’ils avançaient, ils engloutissaient le ciel azur dans leurs ventres affamés.


Les éclairs fusaient de toute part.


Julia s’accrocha plus solidement au cou de l’oiseau. Celui-ci battait des ailes si fort qu’elle pouvait ressentir la douleur de son corps en action.


Malgré tous ces efforts, il y eut un choc.


L’oiseau bascula ; Julia tomba.


Sa chute fut si longue qu’elle eut la sensation que le temps s’étirait.


Effrayée, elle ferma les yeux.


Quand elle les rouvrit, elle était à nouveau dans son lit.


Avait-elle rêvé ?


Rien n’est sûr car dans sa main, il y avait une plume argentée.

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