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Troublant coquelicot

J’aime les coquelicots... C’est une fleur fragile et sauvage qui m’émeut profondément.

Un jour, j’ai vécu un moment intense avec l’un d’eux. Je vais vous raconter.

C’était un mois de juin à la campagne.

Je me baladais à bicyclette.

Il faisait beau. Il faisait chaud.

Trop chaud peut-être... Le soleil tapait si fort qu’épuisée par cette chaleur, je me suis assise à l’ombre d’un peuplier au bord d’un champ de blé encore un peu vert. Assise dans l’herbe, je profitais de ce moment de quiétude. J’écoutais les oiseaux piailler joyeusement dans le ciel et je me délectais de toutes les odeurs qui m’envahissaient les narines : celles du blé, de l’herbe chaude, des fleurs du printemps et de la terre. Ça sentait bon parce que ça sentait vrai. Alors que je me régalais de ce panaché d’effluves printaniers, la vue d’une fleur m’a troublée. Au beau milieu du blé vert, je l’ai remarquée assez vite, provocante dans sa robe rouge, légère et froissée. Telle une femme lascive profitant des caresses délicieuses de son amant, elle ondulait légèrement sous le souffle léger du vent.

Heureuse, orgueilleusement vivante, elle offrait son bouton au ciel. Elle, visiblement, ne souffrait pas du soleil et s’épanouissait même dans une certaine forme de volupté. Pendant un instant, j’ai cru que ses mouvements légers étaient destinés à me narguer.

Féline, à quatre pattes dans les blés hauts, je me suis approchée de mon troublant coquelicot, sans faire le moindre bruit.

Et là, j’ai compris que, derrière cette belle arrogance, il était vulnérable et fragile. Ce coquelicot-là était si particulièrement beau que j’en suis tombée amoureuse instantanément. Ce rouge écarlate au milieu du vert tendre était somptueux.

Je me suis sentie tellement forte, tellement puissante à côté de cette fleur si délicate que mes mains sont devenues folles. Je les ai vues s’avancer avec l’envie furieuse de la saisir, de l’arracher et de l’emmener très loin de son champ de blé. Ce qui l’attendait à ce moment-là était terrible. Un drame était sur le point de se jouer. Ma troublante, elle allait finir sa vie, seule, dans un vase sur un buffet. J’étais pour elle une menace.

Alors que mes doigts allaient effleurer sa tige, il s’est passé quelque chose d’étrange... Une bourrasque de vent a surgi de je-ne-sais-où et le coquelicot, paniqué, s’est affolé ! Dans une danse extravagante, il s’est courbé, tourné, puis il a virevolté sur lui-même comme un épouvantail.

Ce « quelque chose » qui était là, autour de moi, avait perçu dans mes pensées égoïstes que je le désirais et il a voulu le protéger.

Le vent aurait-il une conscience ?

Je ne peux pas répondre à cette question. En revanche, j’avoue avoir cru que mon amour végétal pourrait la faire vivre au-delà de la mort. J’étais presque sûre qu’en l’emportant, elle aurait pu continuer à onduler pour moi. Quelle prétentieuse j’étais !

Heureusement que je l’ai vu s’effrayer car dieu sait ce qu’il lui serait arrivé ! Je suis revenue à la raison et je me suis dit que mes pouvoirs magiques d’humaine étaient assez limités.

On ne cueille pas un coquelicot !

Même si la tentation est grande, couper cette fleur, c’est comme décapiter un homme : Elle périt aussitôt et perd du coup tous ses attraits. Alors, avant de la laisser dans son champ de blé, j’ai caressé délicatement ses pétales froissés et je me suis excusée. Puis j’ai empoigné mon vélo et j’ai pédalé, pédalé comme une forcenée. Il fallait absolument que je file à grande vitesse pour la protéger avant que mes mains assassines déraisonnent à nouveau ! Depuis ce jour, j’aime tellement les coquelicots que j’en ai mis dans mes rideaux !

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10 Kommentare


...pour commencer ce blog , très beau texte en effet bien troublant!

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Martine Marie
Martine Marie
14. Mai 2020

Cher sciconsult;), tu as raison pour le coquelicot… Il faut laisser faire les choses… En revanche, pour les femmes, si je peux me permettre, c'est un peu différent! Alors que le coliquecot ne supporte pas les mains humaines, les femmes elles supportent très bien ! Bien sûr, il faut que celles-ci soient habiles, intelligentes et aimantes! u fait, as-tu reçu on mail pour désactiver les notifications?il faut e faire si tu ne veux pas recevoir sans cesse des messages!:)

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scisconsult
scisconsult
14. Mai 2020

Martine, tu as fait fort...

C’est étrange: j’ai toujours eu un sentiment fort pour le coquelicot, fleur absolument magnifique qui a toujours évoqué pour moi la robe somptueuse d’une femme.

Tout petit je m’étais appliqué à ouvrir les premiers boutons pour les défroisser moi-même. Et j’ai été déçu. Le résultat était pitoyable. Depuis, je laisse faire la nature et le coquelicot est devenu un tabou. Il est plus agréable de contempler une femme se défaire elle-même de sa robe en douceur que de chercher à hâter les choses.

jean marc

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scisconsult
scisconsult
14. Mai 2020

Martine, tu as fait fort...

C’est étrange: j’ai toujours eu un sentiment fort pour le coquelicot, fleur absolument magnifique qui a toujours évoqué pour moi la robe somptueuse d’une femme.

Tout petit je m’étais appliqué à ouvrir les premiers boutons pour les défroisser moi-même. Et j’ai été déçu. Le résultat était pitoyable. Depuis, je laisse faire la nature et le coquelicot est devenu un tabou. Il est plus agréable de contempler une femme se défaire elle-même de sa robe en douceur que de chercher à hâter les choses.

jean marc

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scisconsult
scisconsult
14. Mai 2020

Martine, tu as fait fort...

C’est étrange: j’ai toujours eu un sentiment fort pour le coquelicot, fleur absolument magnifique qui a toujours évoqué pour moi la robe somptueuse d’une femme.

Tout petit je m’étais appliqué à ouvrir les premiers boutons pour les défroisser moi-même. Et j’ai été déçu. Le résultat était pitoyable. Depuis, je laisse faire la nature et le coquelicot est devenu un tabou. Il est plus agréable de contempler une femme se défaire elle-même de sa robe en douceur que de chercher à hâter les choses.


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