Règlement de compte...

Mon cher vieux débris, Mon vieux machin édenté, Ma misérable loque humaine, Nous sommes tous réunis dans cette magnifique église pour te dire un dernier au revoir. Tout de même la situation est cocasse. Ton corps est dans la maison du bon dieu alors que ton âme est en train de brûler aux enfers. Drôle, non ? J’ai dit aux enfants que je tenais absolument à prendre la parole pour un dernier hommage. Je ne sais pas pourquoi mais à la base, ils ne voulaient pas. Je t’écris donc cette lettre d’adieu pour te remercier chaleureusement d’être mort avant moi. Pourtant, tout le monde pensait que je passerais l’arme à gauche avant toi. En même temps, faut les comprendre, depuis le temps que je traîne mes cancers... Il n’y a pas un jour où je ne lise dans leurs regards: « Elle va bientôt crever ! » Eh non ! Je suis toujours là. Je m’accroche. Que veux-tu, la haine est un bon terreau de vie ! Merci mon chéri ! Tout de même, c’est dommage... je n’ai pas pensé à prendre les paris. Aujourd’hui, je serais richissime ! Avec un tel paquet de fric, j’aurais pu me faire péter la ruche une dernière fois. J’aurais réservé la suite 75 à l’hôtel Normandie, à Deauville. Tu sais, celle de notre premier rendez-vous... J’aurais commandé du Champagne et téléphoné à ton meilleur ami. Il est toujours en vie, lui ! Et en bon état... Je me serais donnée en espérant que de là où tu es, espèce d’abruti, tu en crèves de jalousie ! Mais que veux-tu, à mon âge, on pense à prendre ses gélules et on perd le sens des affaires. C’est ainsi que va la vie, mon pauvre vieux. N’empêche, quand j’y pense, je me dis que tu as eu une merveilleuse idée de t’étouffer en te goinfrant de camembert trop fait! Comme tu ne seras pas brûlé (Crois-moi, j’y ai veillé !), les vers de ton foutu camenbert vont te grignoter tout doucement. Ils vont se régaler. Un vrai festin ! J’espère qu’au moins tu as eu la délicatesse d’avaler un bon verre de vin. Mireille, l’aide soignante aux gros seins dégueulants sur qui tu mettais tes grosses paluches velues, m’a dit, non sans un certain émerveillement, qu’au moment de mourir, tu ressemblais à un gros porc ! J’ai explosé de rire ! C’était tellement prévisible. Je lui ai répondu que tu étais mort comme tu avais vécu. Elle m’a répondu, avec un certain regret dans la voix : « C’est vrai... » C’est comme ça d’ailleurs que j’ai compris qu’elle aussi, tu l’avais baisée. Incorrigible, tu étais ! Je me demande quand même combien de fois tu m'as trompée ?... Mais tu sais, je ne me suis pas laissé aller. Tiens, puisqu’on est dans une église et que je n’y rentre que très rarement, je pense qu’il est temps de m’ouvrir à quelques confessions. Mes chers enfants, votre défunt père que vous aimiez tant, vous le savez maintenant, était un salaud. Maintenant qu’il est là haut et qu’il ne peut plus « courir » au sens propre comme au figuré, je tiens à vous rassurer : Aucun d’entre vous n’est de lui. Que voulez-vous, plus d’une fois votre cher papa m’a laissé seule dans le froid. Alors pendant qu’il faisait le tour de toutes ses traînées, j’appelais le plombier... Mon dieu, juste ciel, c’était un homme charmant qui avait un petit jésus ravissant ! Ne me regardez pas comme ça. Comprenez-moi, j’avais froid. Si toutefois l’un d’entre vous avait un peu de mal à digérer la nouvelle, qu’il ou elle ne s’inquiète pas. Comme d’habitude, maman a tout prévu. A la sortie de l’église une cellule psychologique vous attend. Merci qui on dit ? Quant à moi, j’irai jusqu’au cimetière pour vérifier que tu ailles bien en terre et j’attendrai qu’on grave sur ta pierre : « Ici git le reste d’un funeste salaud qui se croyait beau. » Ma chère méprisable ordure, il me semble que j’ai fait le tour de ta misérable vie. Crois-moi, je ne te regretterai pas. Il est vrai que dans le passé, je t’ai aimé, même adoré !... Mais aujourd’hui, vois-tu, je te hais. Je te hais comme jamais. Alors je jure devant monsieur le curé que, promis juré, j’irai de te retrouver pour te hanter toute l’éternité. Ta femme bien aimée P .S. Je te l’ai toujours dit : Faut pas m’énerver !


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