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Page Blanche, je te hais !

Depuis des jours,

Depuis des nuits

L’inspiration m’a quittée.


Page blanche je te hais !


Force m’est de constater que mes rêves m’ont abandonnée à la lisière de cette feuille de papier.


Non mais regardez-la, immaculée, se pavanant dans sa robe de mariée :

Pas un faux pli, pas seul un coin corné, pas même une tâche  !


Sa virginité me terrorise au point de paralyser toutes mes pensées...


Je cherche, je fouille dans les recoins les plus sombres de mon cerveau mais rien, plus rien ne vient.

Je plonge dans le néant d’un blanc terrifiant.


Je m’acharne et m’accroche à l’idée que sans mes mots, cette feuille glacée n’a aucune raison d’exister.


Et pourtant...


...Pourtant, elle est là, devant moi, sans complexe à afficher sa nudité qui n’est autre que le reflet de ma nullité.


Page blanche, je te jure, je te hais !


S’il le faut, je m’enracinerai jusqu’à ce que je te remplisse maudite feuille de papier. Et tu verras...

...Tu verras qu’à nouveau, tu brûleras sous mes mots passionnés,

que tu n’enivreras, comme autrefois, de mes lettres parfumées,

Et que, sous les couperets de mes pamphlets, tu frémiras.


Tu verras.


Pas de mouvements, pas de froissements,

Ce rectangle froid et plat, posé en face de moi, continue à me narguer.


En tendant l’oreille, je l’entends susurrer que je suis l’esclave de mon orgueil. Orgueil de vouloir à tout prix remplir cette feuille. Qu’à force de penser que mes idées pourraient intéresser, je croulerai, seule, sous le poids de mes pages griffonnées. Et que ce papier que je croyais être mon allié, deviendra alors le combustible qui brûlera mon cercueil.


Page blanche, je te hais mais tu dis vrai !

Plus jamais je n’écrirai.


Avant de te quitter,

J’ai demandé à mes mains de t’offrir un nouveau destin :


Page glacée, jolie feuille de papier,

Ma vieille amie, mon ancienne alliée,

Toi que j’ai tant aimée, laisse-moi une dernière fois te toucher :


Je vais te faire vivre plus loin que la réalité.

Je te le promets!


Mes mains tremblent

J’ose à peine la toucher.


Je ferme les yeux et me plonge dans le passé, jusqu’au chemin des écoliers.


Un flash, des souvenirs

Une odeur de craie,

Le bruissement du papier.


Et des lignes... et des lignes à écrire : "Je n’ai pas le droit de dessiner des oiseaux sur cette feuille de papier qui est destinée à copier mes cours de français."


Punition, pas de récréation !

Vengeance, je demande réparation !


Alors, comme aujourd’hui, mes mains se sont énervées


Elles ont plié, froissé, déchiré.

Jusqu’à ce que naisse une jolie cocotte de papier.


Retour Brutal

J’ouvre les yeux


Mes mains ont retrouvé la mémoire des écoliers : Un oiseau est né.

Il ne me reste plus qu’à souffler sur ma cocotte de papier pour la voir s’envoler


Adieu page glacée,

Envole-toi très haut...

Moi, je suis libérée de mes maux...

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