Je n' aime pas les vieux, je les trouve hideux!

Dernière mise à jour : 17 avr. 2020

Je n’aime pas les vieux, je les trouve hideux.

Ils me font peur : c’est une horreur !


D’ailleurs, le prochain que je croise dans la rue, je l’écrase !

Et paf le vieux!

Ratatiné, écrasé, mixé le pépé... quel bonheur !


De toute façon, pour lui, ça ne changera pas grand-chose : un jour de plus ou un jour de moins, il vit déjà sans lendemain.


Comment je le sais ?


Je le sais parce que je suis auxiliaire de vie. Je suis censée être un élément humain qui aide à vivre un autre élément humain.


Mon vieux à moi, c’est une antiquité bon marché qui s’appelle : Amédée.


Je vais vous raconter :


Je « vis » avec ce légume avarié depuis le 1er Avril. J’aurais dû me méfier du poisson ! Ah oui, j’aurais dû. Parce que depuis que je me coltine ce concombre ratatiné, j’ai l’impression désagréable d’avoir déjà un pied dans la tombe !


Non mais je vous jure, faut le voir au moment de la sieste !...


Tel un gastéropode épuisé, ses paupières s’affaissent, ses muscles se relâchent, sa bouche s’entrebâille et... son moteur fatigué se met à ronfler ! Certains jours même, il se paie le luxe de perdre son dentier !


Quand il ne dort pas, il végète entre les repas. Dans ses moments d’activité intense, il remplit des pages de mots croisés, en regardant bien sûr la solution à la fin du livret. Parfois il lève la tête et me regarde avec un œil vidé de toute expression humaine.


Pour lui redonner un brin de vitalité, il suffit juste que je prononce le mot « goûter » !


C'est magique!


Comme par enchantement, une lueur apparaît dans le blanc vitreux de ses yeux et tandis qu'il me lance un sourire niais , je ne peux m’empêcher de penser : « Mon dieu qu’il est laid ! »


Non vraiment, je n’aime pas les vieux, je les trouve affreux !


L'expression "morts-vivants" a dû être inventée pour eux. Leur seule raison de vivre est de vampiriser la vie des biens-portants ! J'ai un exemple très parlant sous la main...


Le mien, de vieux, vous savez ce qu’il me fait tous les premiers lundis du mois à 10h02 précise ?


Il court, ce pétochard, jusqu’à la boîte aux lettres. D'où je suis,je l’observe stressée. A chaque fois, c'est le même cinéma: Son regard est inquiet, ses traits crispés. Tremblant il décachette l’enveloppe !


Moi, j’attends en ruminant.


De ma table à repasser, j’espère que je serai bientôt débarrassée. Mais quant au fil de sa lecture je vois que ses épaules retombent et qu'un sourire se dessine sur son visage, c'est toujours pour moi une terrible déception. La dernière fois, j'ai même brûlé son pantalon.


Pour lui, en revanche, c'est une grande victoire. Il replace soigneusement l’analyse dans son emballage et là, avec un certain sadisme, me décrypte le résultat de son bilan de santé.


Verdict : c'est parfait!


Avec son p'tit sourire en coin, il me dit : « Ça se maintient ma p’tite Solange, ça se maintient ! ».


« Ça se maintient » ? pauvre crétin! Môssieur, veut p’t’être un p’tit coup de main?

Un croche-pied sur la première marche des escaliers ?


Et hop! Plus d’Amédée !


Bon, c’est vrai : il faut que j’arrête de rêver ! Tout ça c’est bien beau mais il s’accroche, le salaud !


En fait, pour dire la vérité, c’est que la solution, je l’ai : Rendre mon tablier et m’en aller !


Mais lorsque je serai seule dans mon appartement de 47m2, je ferai des mots croisés... comme Amédée. J'irai faire le marché le samedi matin comme le faisait...Amédée. Et quand j'aurai assez économisé, je prendrai le train pour aller...


Pour aller où?...


Pas pour aller voir Amédée puisqu'il serait mort, lui. Je n'irai donc nulle part parce que la vérité, c'est que je n'ai nulle part où aller.


A part mon vieux, je suis seule.


Sans mon Amédée, je n'aurai plus qu'à attendre que le temps passe et le temps aura alors raison de moi.


Un jour, dans à peine quelques années, je serai, moi aussi, clouée dans mon canapé et peut-être qu'alors, je m'éveillerai quand sonnera le mot"goûter".


Je viens de comprendre pourquoi je n'aime pas les vieux : Ils sont le reflet de moi même.


je me pose tout de même une question: Déteste-t-on toujours ce qu'on est?



 

Histoire Audio :



 

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